La Maladie de Lyme par le docteur Lacout

April 30, 2019

Docteur Alexis Lacout

spécialiste en imagerie médicale, ancien interne et chef de clinique des hôpitaux de Paris

 

Nous avons lu l'ouvrage d'Alexis Lacout qui vient de sortir aux Editions Mango dans la collection La Santé sans tabou :  La maladie de Lyme. Préfacé par le professeur Christian Perronne, docteur en médecine et chef du Département des Maladies Infectieuses et Tropicales à l'Hôpital universitaire de Garches, le livre donne les clés pour comprendre le fonctionnement de cette maladie particulièrement complexe.

Nous avons souhaité en savoir un peu plus sur les motivations du docteur Lacout en lui posant quelques questions sur les raisons de cet ouvrage qui se lit très facilement et qui permet de décrypter les premiers signes de la maladie.

Illustrations : Emmanuelle Teyras

Interview

En combien d’exemplaires est sorti le livre ? Ou le trouve-t-on ?

 Le livre a été imprimé pour l’instant en 5000 exemplaires. Il est en vente dans la plupart des librairies, également sur les principaux sites Internet.

Qu’est ce qui vous a poussé à écrire cet ouvrage, quelles sont vos motivations ?

Un membre de ma famille est tombé malade il y a quelques années. Les symptômes associaient, entre autres, une fatigue majeure, invalidante et des difficultés pour marcher. Les neurologues on diagnostiqué une maladie de « Guillain Barré », puis une « polyradiculonévrite chronique », maladies inflammatoires atteignant les nerfs périphériques.

J’ai pensé immédiatement à une maladie de Lyme, mais les tests étaient négatifs. Je savais depuis très longtemps que les tests n’étaient pas fiables. Je me suis cependant ensuite plus ou moins rangé à l’avis des neurologues, tout en écumant la littérature scientifique pour comprendre la maladie dont ce proche était atteint, toujours avec l’arrière pensée d’une maladie de Lyme.

Je savais que le professeur Perronne était un spécialiste de la maladie de Lyme car j’avais travaillé à l’Hôpital de Garches, et je me suis rendu compte qu’il y avait une énorme controverse et que beaucoup d’infectiologues considéraient ses thèses comme « farfelues ». Cependant, énormément d’articles de la littérature scientifique lui donnaient raison ! J’ai pu avoir un rendez vous avec lui. Un test PCR (recherchant l’ADN de la bactérie) a montré la présence de Borrelia, responsable de la maladie, et avec le traitement, cette femme, qui était en chaise roulante, a guéri rapidement. Elle a pu recommencer à skier quelques mois après !

J’ai par la suite pu observer de nombreux cas similaires, des patients en errance depuis plus de 10 ans guérir sous antibiothérapie.

Il y a une véritable épidémie de maladie de Lyme actuellement. Ce n’est pas une mode, c’est une réalité. Les patients ne sont pas diagnostiqués car les tests (sérologies) ne sont pas fiables, ce qui est bien démontré dans les articles scientifiques. Ils ne sont de plus pas soignés correctement car la bactérie peut persister après plusieurs mois d’antibiotiques ; or les médecins sont obligés de se fier à la conférence de consensus de 2006 limitant l’antibiothérapie à 3 semaines ! De plus les tiques transmettent une multitudes d’autres agents pathogènes : d’autres bactéries, des parasites (Babesia), des virus qu’il faut également traiter !

 

C’est un scandale sanitaire majeur. Il y a énormément de gens qui souffrent, à tel point qu’ils finissent par se suicider ou se faire interner en psychiatrie. J’ai vu tout ceci de mes yeux. Voilà pour quoi j’ai écris ce livre. 

Qu’attendez-vous comme résultat ?

Je souhaite, devant l'évidence scientifique : 

  • que l'on ne se fie plus aux tests sérologiques actuels pour le diagnostic de la maladie de Lyme,
  • que les médecins aient conscience que la bactérie peut persister malgré un traitement antibiotique de plusieurs semaines, et qu’ils puissent remettre en oeuvre, quand cela s’avère nécessaire, un traitement antibiotique adapté et suffisamment long,
  • que l'on prenne conscience que la maladie de Lyme n’est que la partie émergée de l’iceberg ! Les autres infections transmises par les tiques doivent être prise en considération. Il faut, par exemple savoir utiliser des antiparasitaires lors d’une infection à Babesia.

 

 

Je souhaite également que ce livre permette aux patients de mieux comprendre le problème et qu’ils trouvent des solutions pour se soigner.

 

 

 

 

Cela fait combien de temps que vous travaillez sur le sujet de Lyme ?

 Un peu plus de deux ans.

 Quels sont les freins lorsque l’on évoque la détection et le traitement de Lyme ? Je parle dans la profession médicale.

Les médecins se fient aux recommandations, ce qui est normal. Or, la conférence de consensus (ou recommandation) 2006, totalement obsolète, a fait malheureusement longtemps autorité.   Récemment, en juin 2018,  la haute autorité de santé (HAS) a émis de nouvelles recommandations qui vont dans le bon sens (possibilité de prescrire une antibiothérapie même en cas de sérologie négative). Malheureusement, les sociétés savantes (de neurologie, d'infectiologie...), et l'académie de médecine ont critiqué ces avancées.

Beaucoup de médecins ne sont pas conscients du problème. Il n’y a pas de formation de qualité expliquant tous les problèmes dont nous venons de parler (hormis celles du Docteur Raymond). C’est normal quand on n’a pas été confronté de près à la maladie ou quand on n’a pas tenté de soigner un patient atteint. Or soigner un patient peut être difficile : il faut parfois plusieurs mois de médicament anti-infectieux, il y a souvent des fluctuations de l’état du patient et des réactions de majoration des symptômes (appelées réactions de Herxheimer), qui témoignent de l’efficacité du traitement, mais qui découragent souvent médecins et le patients. Il faut bien connaître le sujet et être persévérant !

Par ailleurs il est difficile de changer les manières de penser. Les médecins doutent que des maladies dites « auto-immunes » par exemple puissent avoir une cause infectieuse. Il en a toujours été ainsi : on s’est naguère moqué du découvreur de l’hygiène (Ignace Semmelweiss) ; les tenant de la générations spontanée, avant Pasteur,  niaient l’existence des bactéries. Même Albert Einstein ne voulait pas croire en la physique quantique. On peut également parler de Galilée ou Giordano Bruno...

L’antibiothérapie a été en outre diabolisée. Bien entendu, il faut limiter les prescriptions à ce qui est nécessaire et se méfier du développement des résistances bactériennes. Cependant, ce n’est pas une raison pour ne pas traiter un patient qui en a besoin !

Mourir ou être en chaise roulante est plus grave que prendre quelques mois d’antibiotiques et d’antiparasitaires, non ?

 Depuis la sortie du livre, avez-vous déjà eu des contacts avec d’autres personnes atteintes ? Quelles sont les retombées ?

 Le livre est sorti il y a peu de temps. Nous verrons pour les retombées. Oui, j’ai des contacts avec des personnes atteintes. Il suffit d’ouvrir les yeux, et quand on a l’habitude, on se rend compte qu’il y a beaucoup de personnes atteintes de maladies infectieuses transmises par les tiques, étiquetées « polyarthrite », « polyradiculonévrite chronique », ou « fibromyalgie ».

 Est-ce qu’il existe d’autre livre de vulgarisation de la maladie ?

 Le livre du Professeur Perronne « La vérité sur la maladie de Lyme ». Il transcrit l’historique de la maladie et de l’expérience unique du Professeur Perronne. Je le recommande.

Il y a aussi le livre de Richard Horowitz. Ce livre beaucoup plus « technique », est très intéressant. Nous avons également publié (avec le Docteur Raymond et le docteur Marie Mas), un autre livre  : « Lyme Pratique » destiné aux médecins et aux patients « experts ».

 Vos projets concernant la prévention et le traitement de cette maladie ?

J’espère que ce livre fera avancer la cause ! Pour traiter cette maladie, il faut la diagnostiquer, et pour l’instant la biologie n’est pas fiable : le diagnostic est clinique et basé sur un traitement antibiotique d’épreuve. Nous avons un protocole de recherche biologique en cours : la détection des différents agents pathogènes dans différents éléments corporels par PCR. Des projets d’étude de prévention sont envisagés, par exemple étude de spray répulsifs ou d’huiles essentielles pour éloigner les tiques.

J’espère que les choses vont vite évoluer : aux Etats-Unis les recommandations changent et donnent raison au Professeur Perronne. J'espère qu'elles ne mettront pas trop de temps à traverser l'atlantique !

Si l’état accordait de l’argent à la recherche, les choses iraient tellement plus vite …
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