Les saisons en forêt

October 31, 2019 written by Pierre-Louis Fayet

Etre propriétaire forestier, qu’est-ce que cela implique au niveau de l’entretien de son bien ? Faut-il être présent tous les mois, à chaque saison ou une fois par an? Peut-on déléguer certains travaux ? Peut-on intervenir dans sa forêt ou faut-il passer par des experts ?

Pierre-Louis Fayet, conseiller en investissement forestier et lui-même propriétaire de forêts, tentera d’amener des éléments de réponses qui dépendent de la taille de son bien ainsi que de la distance qui en éloigne. Des solutions existent sachant que le rapport temps avec la forêt n’est pas le même qu’en agriculture. Keep cool !

A quelle fréquence doit-on intervenir en forêt ?

Je dirais qu’une moyenne de deux fois par an peut suffire. D’autant plus si la forêt est loin du lieu d’habitation de son propriétaire. Effectuer un contrôle visuel est important pour voir si tout va bien, vérifier que les plantations ont bien pris et refaire à la peinture les limites de la forêt. Il est en effet nécessaire d’avoir en tête les limites de son bien et refaire le marquage de temps en temps est utile.

Le propriétaire dont la forêt est proche de chez lui (moins de 50 km environ), peut y aller tous les jours si il le souhaite, il y a toujours à faire. Débroussaillage, entretien des chemins, plantations, élagage (des pieds des arbres) sont des travaux qui peuvent être effectués au quotidien.

Pour les propriétaires qui le souhaitent, le gestionnaire ou expert forestier peut prendre le relai de ces tâches. Les propriétés dépassant les 25ha doivent obéir à un Plan Simple de Gestion. Ainsi, le gestionnaire va se rendre une semaine dans le bien afin d’établir un état des lieux, il notera ce qu’il y a à faire sur tel ou tel peuplement…. Le document de gestion permet de mettre à plat la liste des travaux à faire sur plusieurs années et par parcelle. 

Les saisons ont encore leur importance, on n’effectuera pas de plantations pendant l’été par exemple mais plutôt au printemps avant le débourrement des plans (lorsque les bourgeons n'ont pas éclos). Car lorsque les bourgeons ont éclos, l’arbre a besoin d’une plus grande quantité d’eau pour s'alimenter. Donc il faut déjà qu'il soit implanté racinairement.

 Il est primordial de mener un bon travail du sol. 

Le gestionnaire forestier travaille ainsi au trimestre. Nous ne sommes pas dans le même rapport temps qu'en agriculture. En forêt nous ne sommes pas au mois près mais à l’année près. Si le marché du bois n’est pas favorable en année X, on vendra l’année n+1 ou n+10ans, sans aucun souci.

En termes de travaux forestier est-ce que toutes les saisons sont importantes ?

Globalement oui. Je dirais que le printemps (avant le débourrement) et l’automne sont consacrés aux plantations car l'arbre est en repos végétatif (la sève redescend dans les racines). On peut donc aisément le déraciner de la pépinière pour le replanter en forêt. 

L’été et l’automne sont les saisons idéales pour le débroussaillage des jeunes plantations. A noter que le débroussaillage est autant important que les plantations car on risque l’étouffement du plan par toute la végétation concurrente. Il faut don être vigilent !

L’hiver, on pratique le martelage sur les chênes. Le martelage consiste à marquer les bois en vue de leur coupe. Le martelage est facilité sur les feuillus car sans feuillage, on distingue mieux la qualité et les défauts du bois.

Les gestionnaires font le marquage du bois. Ce sont les barres obliques : / (slash) que l’on voit sur les troncs. Les arbres étaient normalement coupés en hiver. Mais l’industrie du bois est gourmande et ne peut se contenter que des coupes d’hiver, donc les coupes sont font aussi toutes l’année.

 

Le martelage se pratique moins sur les résineux qui sont traités souvent de manière intensive et on commande à l’entreprise de couper 1 tige sur 5 par exemple en première éclaircie. On pourra ainsi intervenir à la 3ème éclaircie pour désigner les arbres à conserver.

NB : l’éclaircie systématique permet de couper par exemple 1 ligne sur 5 afin de pouvoir faire passer les engins (cloisonnnement). Et dans les 4 lignes restantes, on peut faire de l’éclaircie sélective, on choisit alors les moins beaux arbres (fourchus ou à la tête cassée) pour les vendre. Ils serviront à faire de la pâte à papier ou des palettes par exemple.

Les éclaircies suivantes seront quant à elles plus minutieusement marquées.

 

En hiver, on pratique le débroussaillage tardif. L’exploitation du bois en zones humides va se stopper car cela génère trop d’ornières ; on garde ce travaille pour les périodes sèches.

 

En hiver, on favorise les lots bord de route et on limite les distances de débardage pour minimiser les dégâts sur les parcelles.

 

Les pistes forestières sont également créées afin d’être utilisées les années suivantes.

Enfin c’est le moment des coupes de bois de chauffage, une fois les feuilles des feuillus tombées et la sève descendue dans les racines.

 

Les plantations sur sol gelés ne prennent pas en hiver ! 

Les documents de gestion aident à organiser les travaux de sa forêt. On peut adhérer volontairement au Plan Simple de Gestion. C’est une démarche payante (cout de la rédaction du PSG par un professionnel), mais qui donne une vraie visibilité sur le futur avec un planning de dépenses et de recettes. Ce qui aide également à l’auto-financement de son bien.

L’intérêt du document de gestion

Il s’agit d’un document qui sert de base aux générations futures. Ce qui permet de laisser les héritiers avec une « marche à suivre » afin pouvoir à leur tour transmettre au moment voulu.

Pourquoi peut-on désormais travailler en forêt toute l’année ?

A l’époque de nos grands-parents, on attendait les lunes pour couper le bois de charpente par exemple. Aujourd’hui, on n’a plus le temps d’attendre, il faut mobiliser les bois rapidement.

Il faut savoir que l’industrie du bois génère plus de 400 000 emplois en France. Les usines ne peuvent pas arrêter leurs machines en attendant la bonne lune !

Il est intéressant d’être accompagné dans son premier investissement forestier, au moins la première année car il faut apprendre un vocabulaire, des pratiques et cela demande un savoir-faire qui ne s’improvise pas. Certains font le choix d’être soutenus par un gestionnaire forestier à long terme, d’autres propriétaires prennent les rênes de leurs forêts. Dans les deux cas, connaitre la sylviculture et ses exigences est une base pour comprendre et lire son bien.

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