Du local au mondial en passant par l’Europe Avec Olivier BERTRAND

28 de febrero de 2020 escrito por Stéphanie Bonnet

La Forêt pour Olivier BERTRAND est le trait d’union entre le village et le Monde, le fil conducteur qui permet d’avoir une vision globale du couvert forestier tout en gardant les pieds ancrés dans une réalité locale. Pour ce faire, il représente le propriétaire forestier privé depuis de nombreuses années par l’intermédiaire de mandats territoriaux et de représentations internationales.  Etre la voix de ce propriétaire forestier privé qui ne détient que quelques hectares mais qui a un rôle à jouer dans la transmission de la forêt aux générations futures, tel est le leitmotiv d’Olivier BERTRAND, en veille permanente sur la question forestière.

Désormais, dans le monde actuel, à partir d’une action locale, on peut aboutir à une application européenne et mondiale. 

Parcours

Olivier Bertrand est avant tout un sylviculteur d’un domaine forestier familial d’une cinquantaine d’hectares dans le sud Creuse, qu’il a lui-même agrandit notamment par des plantations avec différenciation des essences et une réflexion sur toutes les conséquences du changement climatique. C’est de cet attachement à la forêt que se trouve l’origine de ses actions en faveur d’une politique forestière cohérente et efficiente.  Attaché au local, il a été maire d’une commune rurale de 1989 à 2008 à Saint-Silvain-Bellegarde. Ce qui lui a donné également l’opportunité de devenir membre du Comité des Régions de l’Union Européenne. Mandats  pendant lesquels il a présidé notamment la commission du Développement Durable. Actuellement, au titre de conseiller du CNPF Nouvelle Aquitaine, il est devenu de membre du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESER) de la région Nouvelle Aquitaine.  Parallèlement il a présidé le syndicat des forestiers privés en ex-Limousin  ainsi que la vice-présidence de Fransylva. Par décision de son Conseil d’Administration il est le représentant français au sein du « Board » du CEPF (instance représentative de la forêt privée dans l’Union Européenne), dont il assure la vice-présidence depuis une dizaine d’années.

Dans le cadre de ses dernières fonctions, il participe à la commission des experts auprès de la commission européenne.

En outre, il a occupé la place de membre du « board » de PEFC international au titre du collège des forestiers.

De ce parcours, d’autres responsabilités ont émergées, il préside le comité Europe International du Conseil Supérieur du Bois et de la Forêt sur proposition ministérielle. Ce comité issu de la loi de 2014 est là pour favoriser les échanges et les prises de positions sur les questions Europe/International touchant ce secteur tout en assurant une présence par prise de position auprès des instances publiques nationales et internationales.

Comment va la Forêt Européenne ?

 Il est important de distinguer la vision institutionnelle à la vision idéologique de la forêt. 

Souligne Olivier Bertrand.

D’un point de vue institutionnel

Ce dernier nous rappelle que dans les années 60, le monde Forestier Européen n’a pas souhaité mettre en place de politique commune, contrairement à l’agriculture. Chaque Etat a donc conduit sa propre politique forestière. A ce titre, la réalité de l’Union Européenne montre de grandes différences entre les domaines forestiers. Avec les Pays de l’Est sont apparus de grands massifs forestiers étatisés qui conduisent aujourd’hui à une évolution structurelle et institutionnelle importante, comme en Tchéquie, en Pologne et en Roumanie notamment.

Malgré cette absence de politique commune, l’Union Européenne a toujours porté une attention particulière à l’activité sylvicole par la présence du Comité Forestier entre les états et la Commission des Experts. De ce fait, l’Union Européenne repose son action à partir de la stratégie forestière européenne. De plus, même si l’Union Européenne n’a pas de politique forestière spécifique, cette dernière néanmoins est intégrée dans le deuxième pilier de la PAC au titre du développement rural gérée par la DG Agriculture.

La question de la forêt au fil du temps, a pris de plus en plus d’importance dans les différrntes réglementations Européennes : biodiversité, bioéconomie…il devient indispensable de s’assurer de la cohérence de ces textes. La forêt est associée à la notion de biodiversité, elle a une action sur le climat. Aujourd’hui, on touche un ensemble de Directions Générales à Bruxelles : la Santé, l’Environnement, la Concurrence, …. Et il n’y a pas forcément de cohérence dans les actions menées et les prises de décisions.

« Il est extrêmement important d’élaborer une stratégie forestière cohérente entre chaque état. Forest Europe qui permet un vote par état n’arrive pas toujours à cette cohérence et c’est regrettable. Nous, CEPF, réclamons qu’il y ait une véritable cohérence dans les actions publiques. La forêt est souvent impliquée dans les traités internationaux pour lesquels très souvent, la commission est l’organisme négociateur et qui conduisent sur la qualité de la gestion du forestier privé lui-même mais ce sont les Etats qui signent de façon indépendante, souvent en bloc».

« Au moment où l’Union Européenne envoie des messages politiques concernant les forêts du monde, il est souhaitable que cette même Union Européenne ne se désintéresse pas de la gestion durable de son domaine forestier en luis assurant le dynamisme nécessaire pour remplir pleinement son rôle multifonctionnel. »

D’un point de vue environnemental

La forêt peu a peu été vue se voit considérée que comme un symbole immobile environnemental. Par exemple en France depuis ces 50 dernière années, la forêt a considérablement augmenté. Elle agit donc encore plus aujourd’hui qu’hier sur son rôle de  neutralité carbone sans pénaliser la production de bois du fait que l’on n'utilise que 50% de l’accroissement naturel de la masse ligneuse de la forêt française. « La réglementation Française ne pénalise en aucun cas la reforestation, bien au contraire. Par exemple, la coupe d’un hectare implique la replantation obligatoire. Le Plan Simple de Gestion obligatoire à partir de 25ha, comme les documents volontaires en sont la preuve. »

En Europe les forêts sont très différentes depuis les forêts Nordiques jusqu’aux forêts méditerranéennes avec la Grèce, l’Italie et le Portugal qui a ses particularités avec l’exploitation du chêne liège.

« Mais globalement, nous passons d’un état où la forêt progresse seule à un état d’urgence absolue eu égard au changement climatique et à ses conséquences ».Ainsi les incendies méditerranéens se sont déplacés jusqu’en Suède. Le changement climatique demande des essences plus adaptées suite à des maladies comme le scolyte. La pression d’événements climatiques comme les tempêtes sont des conséquences réelles et effectives d’une dégradation de l’environnement forestier mais la forêt doit continuer à jouer son rôle dans notre développement durable global et dans le maintien de notre biodiversité. La forêt se manœuvre avec prudence comme un bateau qui rentre au port, avec des échéances de long terme et à partir d’actions continues ».

 «On est passé d’une vision du domaine forestier à une forêt au cœur de la société qui voudrait s’impliquer dans la gestion forestière à tout prix. Cette action sociétale est en train de passer à une action politique avec un danger idéologique.»

 Le danger des deux voies décrites c’est que d’un côté le propriétaire forestier ne s’intéresse pas assez à sa forêt et que de l’autre la collectivité s’immisce trop dans la gestion forestière. 

Ces questions sont globales et regroupent les préoccupations de pays qui composent l’Union Européenne quelles que soient les spécificités sylvicoles et la gestion de chaque Etat.

Précurseur, face à ces réactions, la création du label PEFC, il y a 20 ans, permet, à partir d’une démarche volontaire, d’une responsabilisation des forestiers et des professionnels sur des questions environnementales et sociétales en y impliquant les consommateurs. Il faut préciser que PEFC est né d’une initiative française et européenne, près de 50 pays dans le monde s’impliquent volontairement dans le dispositif.

En 1992, à Kyoto, les Etats n’ont pas voulu faire entrer la forêt dans les accords, il a fallu attendre la Coop. 21 pour que la forêt prenne pleinement sa place. Les produits issus du bois est un des tout premiers marchéS de matières premières dans le monde où l’on voit poindre de grandes géo-stratégies comme la Russie, le Brésil, le Canada, les Etats Unis, la Chine à différents titres.

Qu’en est-il de la forêt en France ?

Le désintéressement majoritaire de forestiers privés en France à leur gestion est tout aussi dangereux qu’une sur-exploitation éventuelle, par conséquent l’information, l’aide à la décision apportée par des syndicats professionnels comme des établissements publics compétents sont essentiels.

« La législation forestière française est en effet très bien structurée depuis très longtemps ! Les corps actuels ne sont-ils pas des descendants des Eaux et Forêts  de notre vieille histoire française? En effet, la gestion forestière par l’Etat est ancestrale pour différents motifs. » L’histoire de la France peut même être analysée parallèlement avec l’histoire de la forêt en France. L’organisation politique de notre pays si elle en a changé la transmission des biens, n’en n’a pas profondément modifié le regard des détenteurs de ces biens forestiers. Il est en cela, le miroir de notre société nationale.

Au fil de ces dernières décennies, nous sommes passés d’un forestier privé vivant tous les jours dans ses bois à des forestiers privés pouvant regarder leur forêt depuis l’autre bout du monde. Ce qui doit engendrer une nouvelle méthode d’approche et d’implication mais elle reste avec ses contraintes temporelles.

 La gestion forestière s’opère sur le long terme. 

Au niveau politique

En 2014 la loi forestière de Stéphane Le Foll a prévu des comités spécialisés dont le Comité Europe International (en lien direct avec le ministère) pour que la France récolte des informations et devienne une force de proposition, un lobby international.

L’Etat et les propriétaires privés, les régions, les collectivités sont ainsi directement consultés (voir comités). On va alors dans le sens de l’évolution de la société. Ce n’est plus le ministère qui préside mais des professionnels toujours en présence de l’Etat et des collectivités locales. L’objectif est : toujours plus de cohérence dans les positions politiques. Ainsi l’Etat et les filières en lien avec le bois ont mis en place un texte commun transmis à la Commission Européenne. 

Il s'agit d'une position politique commune dont nous sommes fiers. 

Ce qui unit la Forêt Française à la Forêt Européenne ?

La diversité des grands domaines forestiers allemands et la spécificité des petites propriétés forestières méditérranennes sont souvent des contraintes pour rassembler des pays sur des positions communes mais en revanche, ce qui les unit à ce jour c’est :

-L’action sociale de la forêt

- Le changement climatique

- Les débouchés économiques (en fonction des essences et de la structuration des filières)

Le Brexit

Le départ du Royaume Uni de l’Union Européenne est regrettable et affaiblit les deux parties 

déplore Olivier BERTRAND.

« L’Angleterre et l’Ecosse ne sont pas de grands pays forestiers mais ils importent beaucoup de bois et de biomasse. Vont-ils se tourner vers d’autres puissances mondiales ? N’oublions pas que des traités ont été signés au nom du Royaume Uni, le poids de 47 ans de participation à l’Union Européenne ne disparait pas aussi facilement ».

Cet affaiblissement pour l’Europe l’inquiète à juste titre.

Perspectives

La Forêt Européenne a besoin de cohérence. On part de l’immédiateté et de l’urgence d’un constat : le réchauffement climatique mais les vues et les prises de décisions sont à long terme en ce qui concerne la forêt.

 

« Pour être cohérent dans le cadre du Green Deal, il faut bien évidemment un volet forestier qui reprend l’ensemble de la multifonctionnalité exemplaire de cette forêt européenne ».

Le bois est une matière première économique, environnementale et sociale en Europe et nous devons en conserver ses 3 piliers.

En Conclusion

« La matière première renouvelable que représente le bois doit être gérée en dehors de toute idéologie et avec pragmatisme. Garder un esprit clairvoyant et responsable sur la gestion durable du domaine forestier européen est primordial."

En conséquence, le message essentiel est la cohérence des politiques entre elles et qui touchent l’activité forestière.

 

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