Commercialiser des gros bois résineux

1 juin 2018 écrit par Stéphanie Bonnet

Compte rendu d’intervention de Dominique Jay,

Ingénieur Principal au Centre National de la Propriété Forestière - Délégation Auvergne-Rhône Alpes

 

C’est à l’issue de l’Assemblée Générale du Centre d’Etudes Forestières (Cetef) du Puy-de-Dôme que Dominique Jay est intervenu sur la problématique des gros bois résineux dans la région.

De la difficulté à commercialiser ces gros bois aux solutions avancées en passant par les raisons de ces difficultés, c’est un état des lieux extrêmement précis qui a été dressé sur la région Auvergne-Rhône Alpes.

Ingénieur  au Centre National de la Propriété Forestière, Dominique Jay, passionné des arbres et de sylviculture expose parfaitement son sujet tout en le reliant à une réalité économique qui intéressera forcément tout propriétaire forestier.

Les Gros Bois (GB) ou Très Gros Bois (TGB)

Les normes internationales ont défini par convention les diamètres des Gros Bois et des Très Gros Bois à 1,30 m (Hauteur d’homme).

  • Les Gros Bois sont des bois dont le diamètre est compris entre 47,5 cm et 67,5 cm.
  • Les Très Gros Bois auront quant à eux un diamètre supérieur à 67,5cm.

Il est important de garder ces normes en tête lorsque l’on souhaite par la suite les commercialiser. Le prix peut en effet varier fortement selon leur classification.

 

Etat des lieux en Auvergne Rhône-Alpes

On comptabilise dans notre région, 58 millions de m³ de Gros Bois et 15 millions de Très Gros Bois résineux. Ce volume très important de résineux sur pied place la région Auvergne Rhône Alpes en première place au niveau national.

En effet Auvergne Rhône Alpes totalise 263 millions de m³ de GTGB (Gros et Très Gros Bois) résineux. Ainsi, 28% des résineux sur pied relèvent des GTGB, ce qui est non négligeable d’autant plus que la vente de ces volumes n’est pas aussi aisée qu’à certaines époques.

Focus sur les résineux

En Auvergne Rhône Alpes, les Gros Bois sont pour 36% des sapins avec 86 millions de m³. Il est important de savoir que les Gros Bois et Très Gros Bois résineux sont plus difficiles à vendre que des feuillus.

Dans le Puy-de-Dôme, la situation est un peu plus favorable pour l’exploitation car 22% du volume sur pied des GTGB est fait de résineux. Il faudra tout de même trouver des solutions de commercialisation.

Le département a doublé en 15 ans le volume de résineux récoltés annuellement, toutes catégories de diamètres confondues.

Aujourd’hui, la récolte se situe à 1million 200 000 m³ par an. La raison principale est que ce type de bois est arrivé à maturité. En effet, la création du Fonds Forestier National en 1946 a incité à la reconstitution de la forêt française et voit aujourd’hui les bénéfices de sa politique.

Les politiques volontaristes de l’Etat et des collectivités territoriales (Région, Département, EPCI) on également permis de placer le Puy-de-Dôme en tête de la production de bois au niveau régional (25% de la récolte d’Auvergne Rhône Alpes).

 

 

Pourquoi les GTGB se vendent moins bien que les bois moyens ?

Les conclusions sont celles de Maurice Chalayer, formateur dans le domaine de la scierie, spécialiste des sciages et notamment des résineux. Son dossier publié dans la revue « Le Bois National » de décembre 2016, permet de tirer certaines conclusions.

Une cause conjoncturelle

Malgré une récente reprise, on constate que ces dernières années n’ont pas été très dynamiques au niveau de la construction. La chute significative des ouvertures de chantier a fait baisser la consommation de bois. Ce matériau représente en effet 15% de la construction individuelle.

A cette baisse de la consommation s’ajoute l’effet dumping sur le prix des bois au niveau du marché mondial.

Une crise structurelle

L’exploitation des Gros et des Très Gros Bois est rendue difficile par le manque de possibilités d’exploitation et de transformation. Souvent situés dans des zones difficiles d’accès, l’exploitation des gros arbres est difficilement mécanisable. Il est possible de faire appel à des bucherons mais le corps de métier connait une pénurie de main d’oeuvre. On constate en effet un désintérêt pour ce métier.

De même, dans nos régions, les petites surfaces de bois sont difficilement mobilisables. Certaines parcelles sont bien souvent inaccessibles, ce qui « sanctuarise » bon nombre de gros bois. Le temps joue en faveur du volume de l’arbre  ce qui va en revanche le rendre difficilement commercialisable.

Il est important également de souligner une évolution en termes de mécanisation.

On a en effet vu arriver de nouvelles unités de transformation dans les années 80 : les scieries Canter. Ce type de matériel (venu des pays nord-américains et scandinaves) permet une productivité importante à moindre coût. Ce procédé de sciage  nécessite moins de main d’œuvre tout en transformant plus de 100 000 m³ par an pour certaines scieries alors qu’une scierie classique sort  en moyenne 45 000 m³ par an.

Le coût de la transformation d’un résineux passe ainsi de 54 à 60 € le m³ pour un sciage « classique » à 30 € le m³ sur un process « Canter ». Seule condition : le Canter oblige à trier le bois et à ne sélectionner que des Moyens Bois : 45/50cm de diamètre maximum à hauteur d’homme. Les gros douglas  en région Auvergne Rhône-Alpes ne peuvent être pris en charge par ce type de machine aussi son coût de transformation reste très élevé ce qui n’est pas satisfaisant pour une scierie. En effet, tous ces volumes de bois sont commercialisés sur le même marché une fois transformés.

Le gros bois nécessite donc un abattage manuel avec des engins puissants, il sort sous forme de grumes et non de billons ce qui demande davantage de manipulation avec un rendement beaucoup moins intéressant. A partir du moment où le diamètre de l’arbre dépasse 70 cm à hauteur d’homme, il faut renforcer mécaniquement toute la chaine de transformation pour qu’elle puisse le supporter et tous les convoyeurs doivent être adaptés.

Enfin la disparition de toutes les petites scieries artisanales pour des raisons de problème de mise aux normes diminue les possibilités de transformation des GTGB.

 

 

Autres raisons du manque d’engouement pour les gros bois résineux

Les gros bois résineux sont souvent porteurs de défauts.

En moyenne, 6% de ces bois sont destinés à la menuiserie, 3% à la charpente. Les 2/3 sont destinés à la charpente traditionnelle et 30% seront classés pour des emballages ou coffrage de choix n° 4.

Le séchage relève également d’un problème économique.

En effet, le sciage de sapin demande par exemple plusieurs semaines en cellule de chauffage alors que l’arrivée du BMR (Bois Massif Reconstitué) ne demande pas tout ce temps de préparation.  Avec ce procédé, l’on peut reconstituer de grosses pièces de bois qui offrent de meilleures résistances mécaniques.

Le bois massif abouté ou bien encore le Contre Collé permettent de réaliser des constructions extrêmement solides et concurrencent directement les Gros ou Très Gros Bois. Les fermettes industrielles se sont ainsi développées au détriment des grosses charpentes.

 

Conséquences de ces constats

La baisse des prix des GTGB a été inéluctable ces dernières années. De 90 € le m³ de Douglas sur pied en 2014 on est effectivement passés à 55€ le m³ malgré une légère embellie lors des ventes du printemps 2018.

Les meilleures rémunérations se retrouvent sur du bois de qualité et de diamètre moyen. Il est important de ne pas faire de confusions entre le diamètre et la qualité d’un bois.

Il s’avère que les Gros Bois sont souvent de mauvaise qualité avec des nœuds et des risques de problèmes de rupture des pièces mises en œuvre. Les bois à  très forte nodosité ne sont plus admis désormais.

 

Quelles sont les solutions possibles ?

On assiste heureusement à une reprise de la construction depuis 2017. Les ouvertures de chantiers sont encourageantes. De plus, le matériau bois est de plus en plus valorisé dans la construction. Le bois massif semble réhabilité peu à peu aux yeux des acheteurs et des vendeurs.

En effet le bois blanc semble être un peu moins en vogue. On utilise de plus en plus des produits à base de sapin afin de masquer les défauts d’aspect. On met également plus en avant les résistances mécaniques des Gros Bois. Plus le bois prend de l’âge, meilleure sera sa résistance.

La valorisation des circuits courts permet aux Gros résineux comme les sapins de la Chartreuse ou du Massif Central, d’être vendus comme une AOC.

Les solutions économiques

  • Améliorer la sylviculture à travers notamment de meilleurs réseaux de dessertes forestières est effectivement une première piste en recherchant également du matériel et des techniques d’exploitation adaptés.
  • Réhabiliter le métier de bucheron, accompagner financièrement les scieries qui souhaitent adapter leurs outils aux GTGB, renforcer le matériel de sciage, levage, convoyage et manutention seraient des pistes à travailler au niveau des pouvoirs publics.
  • Promouvoir les scieries mobiles avec la possibilité de transformer les Gros Bois sur place chez le particulier pourrait faire également évoluer le marché du bois. Autoriser l’exportation en grumes de GB et TGB qui ne trouvent pas preneurs sur le marché national pourrait enfin assurer un débouché à ce type de bois.

Les solutions techniques

Il serait intéressant de pouvoir évaluer la qualité des bois sur pied en les scannant et de chercher de nouveaux débouchés aux Gros Bois.  De nouvelles techniques de sciages pourraient permettre d’apprécier la qualité des bois en « ouvrant » les grumes. Les partager sur place permettrait d’être exploités par la suite par des machines Canter.

Conclusion

Il faut 35 à 40 ans pour produire 1 m³ de bois douglas. Puis, tous les 10 ans il produit 1m³ supplémentaire (2 m3 à 50 ans, 3 m3 à 60 ans, etc…). Sachant que la qualité du bois s’améliore avec l’âge, il serait bon de patienter jusqu’aux 70 ans de ce douglas.

En effet, 93% de ses planches seront normalement classées C30 d’excellente qualité alors qu’au bout de 40 ans seulement 45% de ses planches obtiendront un tel classement. Les scieries estiment d’ailleurs que la bonne qualité de GB se vendra toujours.

Les Gros Bois résineux pourraient bien retrouver massivement le chemin des scieries sachant que les Petits et Moyens Bois résineux se font rares actuellement car fortement exploités. Les Gros Bois et Très Gros Bois ont donc un avenir économiquement parlant à condition qu’ils soient de bonne qualité.

 

 

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