Les essences résistantes qui intéresseront l'industrie du bois

28 de junho de 2019 escrito por Pierre-Louis Fayet

De nombreuses personnes s’interrogent quant aux essences à privilégier dans les décennies à venir. Le changement climatique n’est pas sans incidence sur les choix à opérer pour satisfaire les besoins à la fois des essences et en même temps de l’industrie du bois des 50 prochaines années.

Vaste sujet que nous tenterons de développer dans notre Une de Juillet/Août consacrée au réchauffement climatique.

Observation de l’environnement qui nous entoure

Actuellement, en forêt, l’aire de répartition naturelle des arbres évolue ; en effet, un sapin aujourd’hui naturellement présent à 1000 m d’altitude devra, dans les prochaines années, pour conserver son optimum climatique être planté à une altitude supérieure. A défaut, en raison de la hausse des températures et de l’insuffisance des précipitations, le dépérissement d’un sapin ne sera plus seulement lié à son âge.

Ci-dessous un scénario mettant en évidence l’impact du climat sur la présence du hêtre en France :

 

© Copyright IGN, 2012 - Présence du hêtre en France en 2000 (à gauche) et scénario probable pour 2100 (à droite).

Comment reconnait-on un dépérissement ?

Gardons l’exemple du sapin. Son dépérissement se traduira par une descente de cimes (l’arbre n’a plus suffisamment d’énergie pour nourrir ses branches hautes qui meurent les unes après les autres) ou la présence de parasites comme le gui (photo principale).

La question du renouvellement se pose

A ce stade du diagnostic, il faut s’interroger sur le devenir de l’arbre. Si ces symptômes touchent uniquement les arbres arrivés à maturité, ils pourront être conservés jusqu’à la régénération du peuplement puis coupés après l’apparition des jeunes sapins.

Malheureusement si cette problématique sanitaire s’étend à ces jeunes sapins, cette espèce est condamnée, le changement d’essence s’impose.

 Changer d’essence, une nécessité

Changer d’essence suppose une plantation puisque toute régénération naturelle est exclue.

Le choix d’une nouvelle essence plus résistante doit tenir compte non seulement du climat actuel mais également des possibles évolutions météorologiques des 50 prochaines années, les hausses des températures et les déficits hydriques étant de plus en plus nombreux.

Les essences pouvant résister au changement climatique tout en satisfaisant la demande en bois des scieries

Les scieries ont besoin de transformer une quantité importante d’arbres pour être compétitives ; elles recherchent donc un approvisionnement en bois standardisé pour accroître et rentabiliser leur production.

Dans cet article, 5 essences sont exposées, offrant un large panel de solutions pour vos futurs reboisements :

  • Le Douglas est à mon sens une essence qui peut s’adapter à l’évolution de notre climat car certaines variétés poussent en Californie, région plus aride que l’hexagone. Pour continuer de produire du douglas, il faudrait favoriser ces variétés en France.

 

  • Le Cèdre, cette essence étant encore en période d’observation, peu de boisements existent en France. Cependant il est de plus en plus cité comme une essence forestière capable de résister au bouleversement climatique. Il pourrait donc être reconnu et boisé massivement comme l’a été le Douglas un siècle après son implantation en France par des précurseurs dans les années 1800 à 1850.
A noter toutefois que cette essence pousse lentement les premières années ce qui nécessite des investissements plus importants dans les travaux sylvicoles.
  • Le Chêne Sessile et le Chêne Pédonculé sont les bois indispensables à la production des mérandiers.

 

Le premier est bien plus adapté aux changements climatiques (essence dite plastique). L’Office National des Forêts (ONF) gestionnaire des forêts publiques privilégie d’ailleurs d’ores et déjà les chênes sessiles comme semenciers pour les arbres de demain.

 

  • Le Pin, essence objet d’améliorations génétiques en cours en vue de son adaptation aux nouvelles conditions météorologiques. Ces recherches vont permettre de créer les arbres du futur.

 

  • L’Eucalyptus, essence peu implantée en France (quelques boisements sont visibles dans le Sud-Ouest notamment). Cet arbre craint les gelées mais se développe parfaitement bien en milieu aride comme au Portugal. Cette essence bénéficie également de recherches dans le but d’améliorer sa résistance au gel. Une nouvelle variété a ainsi été créée : l’Eucalyptus Nitens qui résiste jusqu’à – 14 °C. Elle peut donc permettre d’étendre l’implantation de cette essence à des zones plus froides.
L’avantage majeur de cette espèce est la rotation très courte entre chaque cycle (de la plantation à la récolte des bois) ce qui est intéressant pour un investisseur.

Les essences ci-dessus décrites pourraient permettre de boiser une grande partie des terrains à l’échelle du territoire français en tenant compte des deux problématiques citées : le changement climatique et la satisfaction de la demande de l’industrie du bois. Cette liste n’est pas exhaustive et sera certainement à adapter au fil des années et des résultats obtenus par les équipes de chercheurs. Chaque sol étant spécifique, une visite de terrain s’impose pour implanter judicieusement une ou plusieurs essences sur une parcelle.

Conseil aux propriétaires de forêts, des solutions existent !

De manière générale, voici quelques notions importantes pour limiter la perte d’un peuplement forestier face au changement climatique :

  • Raccourcir les cycles entre la plantation et la récolte des bois limite l’influence du climat sur les arbres. Cette stratégie s’est déjà développée au Portugal notamment pour limiter les risques d’incendies plus importants qu'en France.
Cela répond aussi à la demande des industriels qui travaillent aujourd’hui sur des bois de plus petits diamètres.
  • Si les cours du marché du bois sont à la baisse et si les arbres sur pied sont sains, n’hésitez pas à les conserver, ils continueront à grossir dans l’attente de la hausse des prix d’achat. En effet un agriculteur doit obligatoirement récolter un champ de blé arrivé à maturité et ceci que le marché soit favorable ou non. Par contre un forestier peut attendre deux, trois ou dix ans car un arbre en bonne santé ne dépérit pas sur une durée aussi courte.

 

  • Comme tous les investissements il est important de diversifier vos acquisitions notamment en variant les essences, les secteurs géographiques et l’âge des arbres. De cette manière vous limitez considérablement les risques.

 

  • Gardez également à l’esprit que toutes les essences ne peuvent pas s’adapter n’importe où. Ainsi une analyse de la station (sol et climat) est inévitable avant d’investir dans une plantation. Le choix de l’essence peut par exemple vous être conseillé par un gestionnaire ou un expert forestier. Il est également intéressant d’observer les peuplements des parcelles voisines afin d’évaluer la qualité des plantations ; plus celles-ci seront âgées plus cette analyse sera pertinente.

 

  • Achetez une forêt d’altitude. Les forêts d’altitude poussent aujourd’hui moins rapidement que les forêts de plaine car la saison de végétation est plus courte. Cette dernière devrait augmenter avec le réchauffement climatique, rendant attractives les forêts d’altitude pour des investisseurs sur le long terme, d’autant que les forêts de montagne ne seront pas autant impactées par le réchauffement climatique que les forêts de basse altitude.

Même si le changement climatique va influer sur la gestion forestière, de nombreuses adaptations sont possibles pour conserver des forêts de production viables, sources de valeur refuge, de croissance, de rentabilité et donc de placement patrimonial.

 

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