La sylviculture irrégulière, une gestion forestière écologique

30 octobre 2017 écrit par Pierre Demougeot

Pourquoi est-il crucial d’exploiter la forêt tout en préservant les écosystèmes qui la composent ?
Actuellement la coupe rase où coupe à blanc est hélas le mode de gestion le plus répandu et aussi le plus destructeur. Peut-on faire autrement ?

Le rôle capital du sol

Une forêt est un écosystème très riche du fait du grand potentiel d’habitats qu’il possède.

Comme la plupart des écosystèmes terrestres, son véritable capital est son sol qui peut parfois mettre des milliers d’années à se former et qui fait figure de réserve de matière organique. Ce sol a besoin pour se maintenir en bon état de la végétation qui le recouvre. Ainsi, les racines tiennent le sol, les végétaux et les feuilles le protègent du ruissellement et de l’érosion, la forêt maintien un microclimat tempéré et humide sous la canopée des arbres.

La futaie irrégulière ou jardinée

Vous comprenez facilement l’importance cruciale de garder constamment des arbres sur pied sur une parcelle forestière et de ne jamais « mettre à nu » le sol forestier. C’est-à-dire de ne jamais avoir de période où tous les arbres sont coupés. Ces modes de gestion écologique et ancestraux existent et sont appelés « futaie irrégulière ou jardinée». La futaie désignant l’ensemble des arbres et irrégulière précisant qu’ils sont d’âges différents (et si possible avec un mélange d’espèces d’arbres). Ceci s’oppose à la « futaie régulière » où tous les arbres ont le même âge puisque tous plantés par l’homme en même temps et bien souvent d’une seule espèce (extension du modèle agricole intensif).


Cela consiste à récolter progressivement les arbres en ayant en permanence un couvert forestier présent. Pour ce faire il faut donc à termes disposer d’arbres de toutes les tailles simultanément :

  • arbres de quelques années germant et poussant naturellement appelés « semis » qui forment « la régénération naturelle »
  • jeunes arbres de quelques dizaines de cm de diamètre
  • arbres moyens de 30 à 50 cm de diamètre et ainsi de suite jusqu’à 80 cm de diamètre voir plus

Les techniques d'exploitation

Pour cela quelques techniques sont utiles :

  • marteler au profit des tiges d’avenir
  • abattre de manière directionnelle
  • canaliser le passage des engins forestiers sur des tracés balisés et fixes (chemins d’exploitation ou cloisonnement) et intervenir par temps secs afin de tasser les sols le moins possible
  • garder des arbres morts au sol et sur pied qui servent de réserves d’eau et de biodiversité


Il est clair que ces modes de gestion sont techniquement plus complexes. Pour autant, toutes les nouvelles générations de bûcherons et de techniciens forestiers français ayant reçu une formation sont capables de le faire.

De plus les risques sont moindres car la monoculture régulière est structurellement fragile face aux tempêtes comme en 1999 (risque climatique) et biologiquement risquée car elle attire les ravageurs (risque sanitaire). La sylviculture « écologique » réduit fortement les investissements au départ, ce qui lui permet largement de rivaliser en rentabilité finale.


La futaie irrégulière préserve les écosystèmes et surtout le sol qui est le potentiel productif de la forêt.

Mais au-delà des arguments techniques et économiques, une forêt c’est d’abord un bel endroit où l’on aime se promener, travailler et où l’on se sent bien, un écosystème vivant auquel on s’attache.

Liens pour aller plus loin 

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